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Pouvons-nous réellement décarboniser l’économie ?

Pouvons-nous réellement décarboniser l’économie ?
Issue 9 2016

Alors que les dirigeants du monde entier se réunissaient à Paris pour parler de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, INCH s’est demandé s’il était possible de décarboniser notre production énergétique

Laissons de côté la question concernant la nécessité de réduire les émissions de carbone et imaginons qu’il faille prendre des mesures : il existe des politiques abordables et d’autres plus chères. Le gouvernement du Royaume-Uni a opté pour l’approche coûteuse. En sélectionnant des champions de la technologie et en subventionnant d’énormes programmes, tels que le projet de centrale nucléaire proposé, le gouvernement entreprend une action qui fera augmenter les factures et ralentir la baisse des émissions. Au lieu de cela, nous devrions disposer de mesures simples et directes, destinées à déterminer le prix des émissions de carbone, puis permettre aux entreprises, aux ménages et aux compagnies énergétiques de décider des meilleurs moyens de réduire leurs émissions.
Le Professeur Philip Booth, directeur éditorial et des programmes à l’Institut des Affaires économiques de Londres, au Royaume-Uni.

Si nous voulons mettre en place une décarbonisation, nous devons réformer notre gouvernance économique mondiale. À ces fins, nous devons réunir trois conditions. Tout d’abord, un prix mondial du carbone. La fixation de prix plus élevés pour les produits et services ayant une empreinte carbone importante incite à la réduction des émissions. Les règles concernant le commerce et l’investissement internationaux devraient également prendre en compte le changement climatique. Malgré le peu de progrès réalisés ces dernières années, l’Organisation mondiale du commerce reste un forum au sein duquel des réglementations internationales sont élaborées et mises en oeuvre. La conclusion du cycle de Doha pourrait permettre d’ajouter plus de questions liées à l’énergie verte dans l’agenda. Enfin, si l’on veut encourager les investissements faibles en carbone sur le long terme, il est nécessaire de réformer le système financier international de manière à ce que les banques commerciales investissent plus dans les projets à faible empreinte carbone. Les réglementations actuelles ont une portée limitée, voire inexistante, concernant ce dernier objectif. Le fait de viser haut pour l’accord de Paris ne constitue que la première étape. Mais elle ne suffira pas à elle seule, car il faudra que beaucoup plus d’acteurs s’investissent si nous voulons réformer notre administration économique mondiale. Nous devrons viser encore plus haut après Paris.
Institut pour le développement allemand

Des changements DYNAMIQUES surviennent dans le domaine de l’approvisionnement énergétique, mais ces changements doivent être plus rapides. Aucune barrière économique ou technique importante ne nous empêche d’atteindre un approvisionnement total en énergie renouvelable d’ici à 2050. Le secteur de l’énergie renouvelable connaît aussi des transformations, mais une action politique est nécessaire pour garantir que ces transformations surviennent en temps opportun. C’est aux dirigeants politiques et d’entreprises que revient la tâche de promouvoir l’industrie, d’influencer les consommateurs et de stimuler les marchés vers la transition énergétique.les énérgies renouvelables et l’efficacité énergétique.
Greenpeace

Le changement CLIMATIQUE est un problème de taille qui nécessite des technologies à la hauteur. Les nouvelles technologies du nucléaire, du gaz et, si les coûts diminuent, des parcs éoliens en mer pourront nous aider à relever le défi de la décarbonisation. Mais il est important de se pauser et de répondre à cette question : « Pourquoi la décarbonisation ? » Les actions pour le climat concernent l’avenir de notre sécurité économique. Or, le changement climatique est un problème mondial, et non local. Une action unilatérale ne résoudra pas le problème. C’est ce que nous accomplissons tous ensemble qui compte. Mais ce problème ne sera pas résolu par un groupe de politiciens surmenés et de négociateurs réunis dans un centre de conférence. Nous aurons besoin d’une action des entreprises, de la société civile, des villes, des régions et des pays. Toutefois, pour être honnêtes, nous n’avons pas aujourd’hui entre les mains toutes les réponses à la décarbonisation. Nous devons développer des technologies qui soient à la fois abordables et vertes. Nous devons travailler à construire un marché où la réussite dépend de la capacité à être compétitif et non pas de la capacité à faire pression sur le gouvernement.
Amber Rudd, secrétaire d’État pour l’Énergie et le Changement climatique au gouvernement britannique

Le besoin de réduire les émissions de gaz à effet de serre n’est pas récent, mais il est de plus en plus urgent d’appliquer une mesure que nous savons nécessaire depuis des décennies : la transition vers une économie mondiale verte efficace en matière d’utilisation des ressources et entraînant peu d’émissions de carbone, afin de réduire le risque d’un changement climatique dangereux. Toutefois, il est évident qu’un acteur clé de cette transition est fortement négligé : le secteur financier. Il joue un rôle central dans la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre au bon endroit et à la bonne échelle , car c’est manifestement là que l’argent se trouve. Des capitaux importants sont nécessaires pour investir dans le développement rapide d’une infrastructure énergétique sobre en carbone, particulièrement au sein des économies en voie de développement ou émergentes. Le rôle que les investisseurs institutionnels peuvent jouer pour traiter la problématique du changement climatique, dépasse toutefois largement le financement de l’infrastructure. Ces investisseurs sont plus que des financiers de l’infrastructure, ce sont des propriétaires et des créanciers de larges segments de l’économie mondiale. Et, tout simplement, si les investisseurs institutionnels ne réaffectent pas systématiquement le capital des investissements hauts en carbone vers des investissements sobres en carbone, particulièrement en ce qui concerne les capitaux et les dettes des entreprises, cette transition vers une économie sobre en carbone sera virtuellement impossible.
Achim Steiner, directeur général d’UNEP et Secrétaire adjoint de l’ONU